Article mis à jour le 31 août 2026. Données FFB arrêtées à mai 2026, données Altares au deuxième trimestre 2026.
Le marché du bâtiment sort de la période la plus difficile qu’il ait connue depuis trente ans. Trois exercices consécutifs de baisse, un effondrement historique de la construction de logements, une rénovation énergétique déstabilisée par l’instabilité des aides publiques. 2026 marque une inflexion, mais partielle et inégale selon les métiers.
Cet article rassemble les données disponibles à ce jour, leurs sources, et ce qu’elles impliquent concrètement pour un dirigeant qui envisage de céder son entreprise ou pour un investisseur qui cherche à en reprendre une.
De quoi parle-t-on : bâtiment, travaux publics, construction
Trois termes circulent souvent comme des synonymes. Ils ne le sont pas, et les chiffres publiés ne recouvrent pas le même périmètre.
| Terme | Périmètre | Source de référence |
|---|---|---|
| Bâtiment | Logement et bâtiments non résidentiels, neuf et rénovation | FFB, CAPEB |
| Travaux publics | Routes, réseaux, ouvrages d’art, terrassement, génie civil | FNTP |
| BTP | L’agrégat des deux | INSEE, Altares |
| Construction | Nomenclature statistique INSEE, incluant la promotion immobilière | INSEE |
La distinction compte : les défaillances publiées pour « la construction » incluent la promotion immobilière, dont la dynamique est très différente de celle des entreprises de travaux.
Le marché du bâtiment en chiffres
Les données structurelles proviennent de la publication annuelle de la Fédération française du bâtiment, éditée en juin 2026 sur l’exercice 2025.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Chiffre d’affaires du bâtiment | 193 Md€ HT (−6 % en valeur, −5 % à prix constants) |
| Nombre d’entreprises | 450 000, hors micro-entreprises sans chiffre d’affaires |
| Actifs du secteur | 1 731 000 |
| dont salariés | 1 234 000 |
| dont intérimaires (équivalent temps plein) | 90 000 |
| dont artisans non salariés | 407 000 |
| Part des entreprises de taille artisanale | près de 95 % |
| Part du logement dans l’activité | plus de 60 % |
| Part du neuf | 39 % — plancher depuis au moins trente ans |
| Entretien-amélioration | 117 Md€ |
| dont rénovation énergétique | 31 Md€ |
Un chiffre mérite d’être isolé : les entreprises de taille artisanale, qui représentent 95 % des acteurs, réalisent près de la moitié de l’activité et emploient près de la moitié des salariés. Le tissu du bâtiment français est un tissu de TPE — ce qui explique à la fois sa résilience territoriale et sa fragilité financière individuelle.
2026 : un rebond, mais sur un seul segment
Après trois exercices de contraction, la FFB a révisé ses prévisions à la hausse en mars 2026, à +2,1 % en volume sur l’année, contre +1,8 % anticipé en décembre. La reprise reste toutefois très concentrée.
| Segment | Évolution 2026 prévue (volume) |
|---|---|
| Logement neuf | +9,5 % |
| dont individuel | +11,2 % |
| dont collectif | +7,5 % |
| Non-résidentiel neuf | +0,5 % |
| Entretien-amélioration | −0,5 % |
| Ensemble du bâtiment | +1,8 % à +2,1 % |
Autrement dit : un maçon et un plaquiste ne vivront pas la même année 2026.
Le logement neuf redémarre, de très bas
Les mises en chantier avaient touché un plancher quasi historique en 2024, à 261 000 logements, après une chute proche de 40 % entre 2021 et 2024. La FFB attendait 308 000 ouvertures de chantier pour 2026 et environ 403 000 permis délivrés.
À fin mai 2026, la tendance annuelle s’établit à 307 000 logements commencés, avec un rebond de 36,4 % en glissement annuel sur cinq mois. La prévision se vérifie donc — mais le niveau reste inférieur d’environ 50 000 unités à la moyenne des quarante dernières années. Les autorisations progressent de 10,5 % sur la même période, portées par l’individuel (+18,1 %) plus que par le collectif (+6,0 %).
Le non-résidentiel neuf, lui, ne suit pas : les surfaces commencées stagnent (+0,8 %, à 20,9 millions de m²) et les surfaces autorisées reculent de 6,0 %, plombées par les locaux administratifs qui plongent de 24,0 % dans le sillage des élections municipales.
La rénovation continue de reculer
C’est la déception de l’exercice. Au premier trimestre 2026, l’activité d’entretien-amélioration recule de 2,6 % sur un an — sixième trimestre consécutif de baisse. Le logement cède 2,8 %, le non-résidentiel 1,8 %.
La rénovation énergétique souffre davantage encore, à −3,4 %, dont −4,1 % pour le seul logement. La FFB souligne qu’en dehors de 2020, il faut remonter au quatrième trimestre 2018 pour retrouver un recul aussi marqué sur ce segment, et attribue ce décrochage à l’instabilité des dispositifs d’aide depuis 2024, notamment les modifications successives de MaPrimeRénov’ et des certificats d’économies d’énergie.
C’est un point structurant pour le secteur : la rénovation énergétique pèse 31 milliards d’euros, soit un peu plus d’un quart de l’entretien-amélioration. Les entreprises qui s’y sont spécialisées — isolation, menuiserie, pompes à chaleur — encaissent le choc de plein fouet.
Les travaux publics décrochent
La situation est plus dégradée encore côté travaux publics. Après un repli de 1 % en volume en 2025, la FNTP anticipait pour 2026 une baisse de 1,9 % en valeur et de 3,2 % en volume. Le premier trimestre 2026 a fait pire : un décrochage net de 6 %.
L’explication tient largement au cycle électoral. Les collectivités locales représentent 42,9 % du chiffre d’affaires du secteur, et leurs investissements reculeraient de 6 % en 2026, le bloc communal étant le plus touché à −7 %. En année d’élections municipales, les projets sont reportés, phasés ou redimensionnés. L’effet est cyclique et connu ; son ampleur, cette fois, est amplifiée par la contrainte budgétaire locale.
Emploi, prix et trésoreries : la face moins visible
Les chiffres d’activité masquent une dégradation continue de la situation des entreprises.
L’emploi salarié du bâtiment recule pour le treizième trimestre consécutif. Entre les premiers trimestres 2025 et 2026, 16 000 postes salariés ont disparu, auxquels s’ajoutent plus de 5 000 postes intérimaires en équivalent temps plein. La hausse du nombre de non-salariés — environ 10 000 créations — ramène le solde net à −11 000. Depuis le premier trimestre 2023, la perte cumulée approche 55 000 postes.
Sur les marges, l’équation s’est refermée. Après des prix en baisse de 0,9 % et des coûts en hausse de 1,6 % en 2025, les prix se sont stabilisés début 2026 tandis que les coûts accéléraient de 2,4 %, sous la pression des matériaux — +1,5 % dans le neuf, +2,8 % en rénovation. Les trésoreries se replient.
C’est ce point qu’un repreneur regardera en premier : une entreprise dont le carnet se remplit mais dont la marge se comprime n’a pas la même valeur qu’une entreprise en croissance de résultat.
Défaillances : une stabilité qui tranche avec le reste de l’économie
Contre-intuitivement, le secteur résiste mieux que la moyenne nationale.
| Période | Toutes activités | Construction |
|---|---|---|
| T1 2026 | 18 986 procédures (+6,4 %) | 4 580 (+1,7 %) |
| T2 2026 | 17 486 procédures (+5,4 %) | 4 148 (−0,8 %) |
La construction fait donc preuve d’une stabilité relative, dans un contexte où l’économie française atteint des niveaux de défaillance inédits depuis 2008. Le niveau absolu reste toutefois élevé, et la moyenne recouvre des écarts importants : au deuxième trimestre 2026, les défaillances repartent dans les travaux publics (+8,8 %), avec un rebond marqué dans le terrassement (+18 %), et explosent dans la promotion immobilière (+87,8 %).
Deux tiers des procédures ouvertes sont des liquidations judiciaires directes. Pour les entreprises de moins de trois salariés, ce taux dépasse 70 % : quand la trésorerie manque, il n’y a pas de seconde chance.
Ce que ce marché change pour une cession ou une reprise
Ces chiffres ne sont pas neutres quand il s’agit de valoriser ou d’acheter une entreprise. Voici les conséquences les plus directes.
| Constat de marché | Conséquence sur une transaction |
|---|---|
| Trois années de baisse suivies d’un rebond partiel | Les trois derniers exercices ne sont pas représentatifs. Une valorisation fondée sur une moyenne triennale brute sous-estime les entreprises bien positionnées |
| Écart de 12 points entre logement neuf (+9,5 %) et entretien (−0,5 %) | Le mix d’activité devient un critère de valorisation à part entière, davantage que le chiffre d’affaires global |
| Rénovation énergétique en recul de 3,4 % | Les entreprises dépendantes des aides publiques subissent une décote pour risque réglementaire |
| Travaux publics à −6 % au premier trimestre | Cycle municipal : céder en creux de cycle coûte cher. La question du calendrier prime souvent sur celle du prix |
| Coûts +2,4 %, prix stables | L’EBE de l’exercice en cours pèse plus que celui des exercices passés dans la négociation |
| 55 000 postes perdus depuis 2023 | Une équipe stable et qualifiée devient un actif rare, et un argument de prix |
| Deux tiers de liquidations directes | Le marché de la reprise à la barre s’étoffe, mais avec des actifs souvent dégradés |
Le paradoxe du moment est là : le marché de la transmission reste actif alors que la conjoncture est médiocre. Les repreneurs cherchent des entreprises structurées, avec un encadrement en place et une activité récurrente — profil rare, donc valorisé. Les entreprises très dépendantes de leur dirigeant ou d’un segment en repli trouvent nettement plus difficilement preneur.
Questions fréquentes
Quel est le chiffre d’affaires du secteur du bâtiment en France ?
193 milliards d’euros hors taxes en 2025, selon la FFB, en recul d’environ 6 % en valeur sur un an. Les travaux publics constituent un secteur distinct, suivi par la FNTP.
Combien d’entreprises compte le bâtiment ?
450 000 entreprises affichant un chiffre d’affaires positif, hors micro-entreprises sans activité. Près de 95 % d’entre elles sont de taille artisanale.
Le marché du bâtiment repart-il en 2026 ?
Partiellement. La FFB prévoit +2,1 % en volume sur l’ensemble du secteur, mais ce rebond repose presque entièrement sur le logement neuf. L’entretien-amélioration reste en recul et les travaux publics se contractent.
Pourquoi la rénovation énergétique recule-t-elle ?
La FFB attribue ce recul à l’instabilité des dispositifs d’aide depuis 2024, en particulier les modifications répétées de MaPrimeRénov’ et des certificats d’économies d’énergie, qui ont conduit de nombreux ménages à différer leurs travaux.
Est-ce un bon moment pour vendre une entreprise du bâtiment ?
Cela dépend entièrement du métier. Une entreprise de gros œuvre exposée au logement neuf bénéficie d’un point d’entrée favorable. Une entreprise de travaux publics dépendante de la commande communale traverse un creux de cycle : dans ce cas, les données plaident plutôt pour attendre le redémarrage post-électoral de l’investissement local.
Où trouver les chiffres officiels du BTP ?
La FFB publie chaque année Le bâtiment en chiffres et un point de conjoncture mensuel. La FNTP couvre les travaux publics. Les mises en chantier et autorisations proviennent de la base Sit@del2 du ministère de la Transition écologique. Les défaillances sont suivies par Altares et la Banque de France.
En résumé
2026 n’est pas une année de reprise du bâtiment : c’est une année de divergence. Le logement neuf redémarre après un point bas historique, la rénovation s’enfonce, les travaux publics subissent leur cycle électoral. Dans ce contexte, parler du « marché du bâtiment » comme d’un bloc n’a plus grand sens — ni pour piloter une entreprise, ni pour l’évaluer.
Pour un dirigeant qui prépare une transmission, la question n’est plus de savoir si le marché est porteur, mais où se situe précisément son entreprise dans cette divergence.
Comment nous valorisons une entreprise du bâtiment — ou consulter les entreprises actuellement à céder.
Sources : Fédération française du bâtiment, Le bâtiment en chiffres (édition juin 2026, données 2025), Bilan 2025 et prévisions 2026 et point de conjoncture de juillet 2026 (données à fin mai 2026) ; Fédération nationale des travaux publics, prévisions d’activité 2026 et bulletin de conjoncture ; Altares, études des défaillances d’entreprises, premier et deuxième trimestres 2026 ; ministère de la Transition écologique, CGDD/SDES, base Sit@del2 ; INSEE.

